Le cinéma Impero

LE CINEMA IMPERO

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Un projet grandiloquent

Le projet originel du CINEMA IMPERO était un grand complexe qui devait accueillir un cinéma de trois étages, acceptant 1800 personnes, une salle de billard, un restaurant, des cafés, des magasins ainsi que des bureaux et des appartements. Il devait occuper un pâté de maison entier et proposer des entrées au sud et à l’est du bâtiment. Néanmoins, dû à des impératifs financiers, le bâtiment que nous pouvons admirer aujourd’hui est plus modeste.
Construit en 1937, Il inclut un cinéma à deux étages, des bars, des magasins et des bureaux dans les trois étages supérieurs. Plus grand cinéma construit à Asmara pendant la période coloniale italienne, il a été nommé IMPERO pour célébrer la conquête de l’Ethiopie et la proclamation de l’éphémère Empire Italien par Benito Mussolini. A travers toutes les vicissitudes politiques de la région et de l’Erythrée elle-même, il a quant à lui survécu jusqu’à nos jours sans perdre son nom de baptême.

CINEMA IMPERO - JPEG

Façade de l'IMPERO - JPEG

Une programmation avant tout érythréenne

Aujourd’hui, films américains, indiens et locaux partagent, chaque semaine, la programmation du cinéma. Cependant, la priorité semble être donnée au cinéma local. Les week-ends lui sont en effet réservés et les nombreuses affiches qui habillent les portes de l’IMPERO font essentiellement la réclame des nouveautés tigrinya.
Depuis l’indépendance, environ 20 films par an sont ainsi produit . La plupart portent sur la guerre de libération, la résistance et le patriotisme. Néanmoins, depuis 2001, les intrigues se concentrent de plus en plus sur les relations amoureuses ou encore sur des thèmes liés à la tradition. Asmara étant le principal lieu de tournage, il est courant de voir l’action se dérouler dans des lieux familiers de la ville.
Il est par ailleurs possible de profiter parfois de cette effervescence cinématographique à l’occasion de certaines diffusions sous-titrées en anglais.

Un cinéma emblématique des années 30 : le Movie Palace

La façade du Cinéma Impero, plantée sur l’avenue Harnet, est une des plus caractéristiques du paysage asmarino et un des plus remarquables exemples de l’architecture des cinémas des années 30.
Elle possède trois colonnes blanches dans lesquelles sont enfoncées des vitres rayées séparées des rangées de trois lampes rondes. Ces colonnes sont encadrées par le nom du cinéma « CINEMA IMPERO » écrit verticalement en lettres majuscules. De nuit, lampes et lettres s’animent pour offrir un spectacle de lumières qui enveloppent les deux côtés de la rue. La couleur marron de la façade complète ces éléments de décoration. A l’entrée, cinq grandes portes à double battants permettent l’accès au lobby. L’entrée est couverte par une légère avancée de béton qui permettait d’accueillir guichetiers et crieurs.
Le Cinéma Impero porte tous les attributs du « Movie Palace » de la grande époque : une grande façade, puis un lobby, de marbre gris, qui sert de prélude à un impressionnant vestibule et auditorium. Cet espace volumineux servait de salle d’attente pour une foule piétinante désirant rentrer dans l’auditorium. Deux escaliers de marbre blanc, inspiré de celui de l’Opéra Garnier ou du Paramount Théâtre de New York, permettent d’accéder aux étages supérieurs.

escalier menant aux loges - JPEG Bar à collation - JPEG

A l’intérieur de l’auditorium, des rangées de sièges en bois sont posées sur un parquet incliné et une rangée de piliers décoratifs ceints de têtes de lions sépare le gigantesque écran de la zone de places assises. Tout autour de la salle les murs sont décorés de motifs relatifs à la vision de l’Afrique créée par l’Europe des années 30. Elle reprend ainsi le même imaginaire que celui la bande dessinée « Tintin au Congo », écrit d’ailleurs en 1931.

Stimuler l’imaginaire et créer de l’illusion

Ces somptueuses décorations sont empruntées à la méthode scénique de la Scaneae Frons romaine qui correspond au devant-scène richement décoré des amphithéâtres antiques. Elles ont pour but principal l’illusion et la stimulation de l’imaginaire ; Comme l’explique l’architecte Simon Tidworth « la diffusion des méthodes italiennes de mise en scène prouvaient que le théâtre était considéré comme une place d’illusion, de faux-semblants. L’illusion dépend du décor, le décor fait le tableau, et le tableau a besoin d’un cadre. D’où l’avant scène ».
Même si avec l’avènement du cinéma ces artifices servent moins de support à l’action scénique, il n’en demeure pas moins un élément important pour stimuler la fantaisie et l’ivresse des spectateurs. Comme pour un parc d’attraction, l’environnement et le cadre jouent autant que les attractions elles-mêmes.
Le but de l’architecte du CINEMA IMPERO, Mario Messina, était donc de créer cette illusion, des fantaisies architecturales, remplies d’ornements exotiques et de couleurs, pour transmettre une atmosphère où l’esprit, libre de s’évader, devient réceptif au divertissement. Ces artifices étaient considérés comme nécessaire pour stimuler l’envie et faire sentir au public, pendant un instant, en le propulsant dans un décor de pourpre, qu’il était privilégié. C’est pourquoi l’IMPERO offre un impressionnant vestibule et auditorium avec des décors tirés de l’imaginaire africain propres à stimuler l’imagination des spectateurs et les faire voyager. Des colonnes couronnées de têtes de lions et des motifs en stucs dépeignant antilopes, danseurs africains et palmiers habillent ainsi la pièce. Cet artifice commence d’ailleurs sur le trottoir ; Même le fronton doit servir l’illusion : la façade de l’IMPERO, tout particulièrement le soir, sert parfaitement ce propos.
Ainsi, entrer dans le Cinema Impero, comme dans tout Movie Palace idéal, c’est pénétrer ailleurs, dans un monde de glamour, de pompe où l’on se laisser aller à être pendant un moment quelqu’un d’autre.

Le cinéma dans la ville

D’autres cinémas, construits eux aussi dans les années 30 et 40, font l’histoire de la ville. On en dénombre 9. Il est intéressant de noter que parmi les capitales africaines, Asmara est une des seules à encore proposer des salles en service. Parmi ces cinémas, trois retiennent particulièrement l’attention.

Le cinéma Roma, tout d’abord, conçu en 1937 et destiné à s’appeler le DUCE, a finalement été fini en 1944. Il présente une large façade de marbre ou l’on peut voir les lettres en métal ROMA écrites en majuscule. Une volée de marches et quatre portes doubles mènent au lobby. Un auditorium surplombé d’une tribune composent la salle. Cette tribune abrite d’ailleurs un bar et une billetterie.

CINEMA ROMA - JPEG

Puis, le cinéma Odéon. Ce dernier, construit en 1938, et situé dans la rue Bihat, est tout comme le cinéma IMPERO plus modeste que le projet initial. Il propose une architecture typique du mouvement du Novecento : la façade présente ainsi des lignes verticales et ordonnées comme l’illustrent les trois fenêtres allongées situées en son centre. Sept portes permettent l’accès au lobby et au bar, construit dans le style art déco. L’auditorium offre un étage inférieur et une tribune organisée en demi-cercle.

CINEMA ODEON - JPEG

Enfin, le cinéma Capitol, construit en 1937, propose quant à lui une architecture originale : une structure arrondie surmontée d’une façade composée de fines fenêtres évoquant des meurtrières.
L’intérieur propose un atrium surmonté d’une tribune autrefois réservé aux hauts dignitaires. Présent sur la rue Denden, ce cinéma, accueillant 1800 sièges, est le plus grand d’Asmara. Il est également doté d’un toit rétractable pour améliorer la ventilation. Il ne fonctionne aujourd’hui plus et requiert d’importants travaux de restauration.

CINEMA CAPITOL - JPEG

Cet investissement dans le septième art peut étonner, mais c’est sans compter sur la volonté du gouvernement italien de l’époque de lancer un cinéma de propagande fasciste. Cette idée, portée par Luigi Freddi, que « le cinéma est l’arme la plus puissante » a ainsi fait naître la Cinecittà (città del cinema), le grand studio italien dont l’objectif était de concurrencer le cinéma américain.
Dès lors, ces salles érythréennes ont, sans nul doute, projeté de nombreux films issus de cet « Hollywood sur Tibre » à l’instar de Scipion l’Africain (1937), la Vieille Garde (1934) ou encore 1860 (1934).
Programmation d’autant plus probable que son public était essentiellement européen. La forte ségrégation qui caractérisait l’Asmara de l’époque ne permettait pas aux érythréens de jouir de ces cinémas ni de leurs programmations.

CINEMA IMPERO vu du ciel
Façade de l'IMPERO
CINEMA IMPERO
escalier menant aux loges
Bar à collation
CINEMA CAPITOL
CINEMA ODEON
CINEMA ROMA
Projecteur 18mm

Dernière modification : 25/08/2015

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