Ministère de l’éducation

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Casa del Fascio vue de la rue

Construite en 1928, l’ancienne Casa del Fascio, le siège du parti fasciste, est sans aucun doute un des bâtiments les plus austères d’Asmara et le parfait exemple du projet politique de l’Italie des années 30.

Une vie au rythme du régime

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L’évolution et l’apparence du bâtiment a suivi le durcissement de l’idéologie du régime fasciste italien, jusqu’à son éventuelle défaite en 1941.
« La maison fasciste » était à l’origine un club social pour les membres du parti. Construite en retrait de la principale avenue de la ville, l’actuelle Harnet [avenue de la liberté], son accès se faisait grâce à deux volées de marches qui menaient à un portique fait de quatre colonnes.

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Façade de la Casa

Le fronton supérieur arborait une dédicace au frère de Benito Mussolini, Arnaldo : « Casa del Fascio Arnaldo Mussolini ». Le portique surélevé servait de plateforme aux discours des responsables du parti à l’attention des foules. Aujourd’hui, l’escalier et le portique ne sont plus là pour séparer peuple et éminences. Le bâtiment donne directement accès sur la rue.

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La symétrie de la façade du bâtiment, son apparence générale et sa hauteur au dessus du niveau de rue lui offrait une aura régalienne. Après un temps, elle n’a néanmoins pas été jugée assez imposante pour le régime. Une façade monumentale a ainsi été ajoutée en 1940 sous la forme d’une tour jaillissante. Cet ajout a renforcé l’agressivité de la Casa. Choix purement idéologique, cette modification avait un but : illustrer le pouvoir de l’Etat et la force du régime.

La nouvelle façade et le balcon - JPEG JPEG

Au même moment, la seconde guerre mondiale donnait à Mussolini l’illusion de voler de victoire en victoire : l’Italie a alors rejoint l’Allemagne dans la bataille de France, en combattant dans les Alpes, et participe à la reddition française. En Afrique, les expéditions au Soudan, au Kenya et au Somaliland britannique sont pleines de promesses ; en aout 1940, le Somaliland britannique devient italien et d’autres percées militaires sont envisagées au Kenya et au Soudan. Comme l’illustre la Casa Del Fascio, le fascisme italien, en 1940, est confiant et agressif.

La façade de la tour est composée de trois blocs qui proposent chacun une finition différente. A sa base, un important espace inoccupé devait accueillir une sculpture de l’aigle fasciste. Au-dessus de l’aigle, un imposant balcon devait permettre à Mussolini de prononcer un discours si jamais il devait visiter la Casa. Néanmoins, comme le projet de l’aigle, cette visite n’a jamais eu lieu, faute sans doute à l’année 1941 qui a vu l’empire italien et le régime fasciste s’effondrer ensemble. Le bâtiment n’était d’ailleurs pas achevé lorsque les alliés sont entrés dans la capitale érythréenne.
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Aujourd’hui deux couleurs fanées habillent l’extérieur du bâtiment : une alternance de saumon et de jaune nankin.

Un décor tiré de l’imaginaire abyssinien et érythréen

L’entrée donne directement sur une grande salle d’assemblée. Les murs étaient autrefois recouverts de peintures de style Abyssinien : des représentations de la reine de Saba et du roi Salomon, la légende du serpent qui aurait formé les îles érythréennes, de saint George terrassant le dragon ou encore des scènes de chasse au lion et à l’éléphant tapissaient la pièce.
Toujours visibles, des petites arches circulaires soutiennent le plafond de la salle. Dans un style très moderne ce dernier est composé de carrés en relief au centre desquels des gaufrés trônent.

Escalier intérieur - JPEG Torche en fer forgé - JPEG Escalier intérieur - JPEG

Pour accéder à l’étage supérieur, on emprunte un escalier à double ascension. Les balcons, auxquels l’escalier mène, sont décorés de drapeaux érythréens incorporés au fer forgé. Ajouté peu après 1991, ils célèbrent la libération et la guerre d’indépendance. Les rampes d’escaliers sont, quant à elle, garnies d’élégantes torches enflammées. Tant la signification que la date d’incorporation dans le décor nous sont en revanche inconnues.

Du pouvoir italien au pouvoir érythréen : la casa aujourd’hui

Drapeau érythréen - JPEG

Après la période coloniale italienne, le rôle politique de la Casa n’a pas disparu.
Dix ans après le retrait anglais de la région, le bâtiment a ainsi été le théâtre de l’abolition de la fédération entre l’Erythrée et l’Ethiopie et le témoin du vote du rattachement de la première à la seconde. C’est en effet en son sein que les parlementaires érythréens –membres du Baito- ont été rassemblés et ont décidés le 14 novembre 1962 de voter l’union de l’Erythrée à l’Ethiopie.
Juste après l’indépendance, le bâtiment a été reconverti en ministère de l’éducation. Ce changement de fonction, de siège du parti fasciste en ministère de l’éducation, pourrait prêter à sourire mais aucune plaisanterie érythréenne ne semble avoir été forgée à partir de cette succession pittoresque. Sans doute parce que bien peu, dans la population actuelle d’Asmara, connaissent aujourd’hui l’ancienne fonction du bâtiment.
Dernière signature politique en date, une caricature habillait, il y a quelques années, l’espace autrefois destiné à l’aigle fasciste. On y pouvait voir le premier ministre éthiopien, Meles Zelawi, dépeint sous des traits peu avantageux aux côtés de l’allié américain. Si la toile a disparu, il est possible de discerner encore les traces de son passage.

Casa del Fascio vue de la rue
Façade de la Casa
Ministère de l'Education
Façade du Ministère de l'Education
La nouvelle façade et le balcon
Escalier intérieur
Torche en fer forgé
Drapeau érythréen
Escalier intérieur

Dernière modification : 29/04/2014

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